Dans la continuité des recherches en cours ou réalisées à la Haute école de travail social sur le non-recours aux dispositifs d’hébergement d’urgence et sur le sans-abrisme, ce projet de vise à rendre compte de la complexité de l’expérience des femmes en situation de précarité résidentielle. Par femmes, il est entendu toute personne ayant été assignée au sexe féminin ou se reconnaissant dans une identité de genre féminine.
Différents dispositifs s'adressent aux personnes en difficulté de logement : structures d'hébergement, mais aussi accueils de jour, lieux de soins ou services d'accompagnement. Pensés comme une réponse à des besoins, ils reposent sur une conception positive de l'action sociale, qui les suppose utiles à celles et ceux auxquels ils sont destinés. Les études montrent pourtant que ces lieux ne sont pas forcément sollicités (Leresche, Colombo & de Coulon, 2025), que les accès n’y sont pas inconditionnels (Leresche, 2022) et que si certains recours aux aides sociales existent, ils sont souvent circonstanciels et partiels. Dans ce contexte, la non-demande, soit le fait de renoncer à une prestation, est difficilement concevable, les individus étant censés se satisfaire des droits qui leur sont proposés. De même, la signification du non-recours est difficile à comprendre, car elle est portée par des personnes en position de subalternité (Sarker, 2015). Il est dès lors nécessaire de faire de la place et de prendre le temps pour entendre où les femmes s’arrangent, s’adaptent, se conforment et développent leur propre pouvoir d’agir (Berth, 2019).
L’épistémologie féministe dans laquelle s’inscrit cette recherche (Bilge 2009, Chollet 2015, Haraway 1988, hooks 2023) permet de comprendre l’intimité du chez soi comme façonnée par les structures capitalistes et patriarcales et de décrire les violences qu’elles exercent sur les sujets opprimés (San Martin, 2020). Elle permet de s’intéresser tant aux parcours individuels qu’aux solidarités qui favorisent des processus émancipatoires.
A partir de ces constats, ce projet de recherche repose sur une méthodologie de recherche sensible (Pink, 2015) et incarnée (Davids & Willemse, 2014) qui permette de rendre visibles ces savoirs portés par des personnes dont la parole est peu entendue voire ignorée. Dans cette perspective, l’utilisation du théâtre comme outil de récolte des données s’avère particulièrement pertinent car il permet d’accéder aux points de vue des personnes par d’autres canaux que ceux de l’entretien ethnographique standard qui exige des discours construits à partir de ce qui relève des situations liminaires. Avoir recourt à des méthodes créatives est un moyen de faire de la recherche à partir d’échanges, de temporalités, de voix, de corps, de vécus pluriels et d’en conserver le plus possible leur richesse et complexité.
Ce projet de recherche pose aussi la question de savoir ce que les arts vivants font à la recherche en sciences sociales. Il a l’ambition de faire dialoguer les savoirs académiques et artistiques, en partant du postulat que le politique est une expérience sensible, pour proposer une méthode de recherche innovante et de nouveaux questionnements épistémologiques. Il contribue également à co-construire de nouvelles données qualitatives sur le sans-abrisme des femmes.
Cette recherche se déroule dans le canton de Vaud et se divise en trois modules principaux:
- En 2026, des spectacles de rue improvisés seront joués par des professionnel·le·s et seront proposés dans différents espaces publiques. Ces spectacles de rue improvisés sont basés sur les méthodes du théâtre forum (Boal, 2007) et des jeux de rôles (Caïra, 2007; Sayn, 2005). Ils aborderont des thèmes relatifs au projet de recherche : droits, rapports à l’Etat, accès au marché du travail, violences, logement. Ces représentations sont co-construites avec l’équipe de recherche et la Compagnie Double Sens qui a scénarisé et interprétée les spectacles. Les comédien·nes sont: Alexandra Gentile, Elima Héritier, Laurent Baier.
Les répétitions ont été encadrées par deux personnes consultantes: Florentina Murseli, Malaïka Kanda Bile - Dès septembre 2026 et en 2027, des ateliers de théâtre et d’expression artistique (théâtre, danse, art clownesque, improvisation) non-mixtes sont proposés aux femmes rencontrées pendant la première étape, à raison d’une fois par semaine dans chaque canton.
- De 2027 à 2028, à partir de cette double expérience sensible, spectatrice-actrice, un spectacle est créé. Les femmes concernées contribueront à la production du spectacle, soit dans sa création soit dans le jeu.
Durée du projet
2025 à 2028
Type de recherche
Recherche libre
Financement
Practice to science (FNS)
Mots clefs
corps, émotions, inégalités de genre, méthodes créatives et sensibles, sans-abrisme, théâtre, violences
Responsable·s de projet à la HETS Fribourg
Professeure HES assistante
Équipe de projet
Giada De Coulon, Collaboratrice scientifique HESPiera Honegger, Collaboratrice scientifique HESGroupe d’accompagnement : Claire Aymon, Florentina Murseli, Gisèle Comte, Lorena Molnar, Malaïka Kanda Bile, Maxine Reys, Mélanie Soares Dias Artistes impliqués dans le théâtre de rue improvisé, théâtre forum: Alexandra Gentile, Elima Héritier, Laurent Baier
Partenaires
La Manufacture - Haute école des arts de la scène
Lausanne, Suisse
La compagnie FOR de Hervé Loichemol, Ferney-Voltaire
Territoire de la recherche
Vaud
Langue·s
Français

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